Le langage corporel : un outil à maîtriser​

‘Ce que vous êtes parle si fort qu’on n’entend pas ce que vous dites’, Ralph Waldo Emerson.

Vous vous êtes préparés des mois entiers. Vous avez révisé toutes vos fiches, et pourtant vous êtes inquiets, anxieux, stressés, …. Vous êtes (peut-être) déclarés admissibles, mais il vous reste une étape à franchir, une dernière marche à monter, avant d’accéder à l’école de vos rêves : celle du redoutable et tant attendu entretien d’admission. Le grand jour est arrivé, vous vous tenez debout, bien droit et dur comme un roc et vous regardez la porte d’entrée de la salle des oraux. Vous repensez au candidat précédent que vous avez croisé dans le couloir avec son air assuré, et à cette mystérieuse sensation qui s’est faite ressentir. Gêne ? Honte ? Peur ? Vous essayez de vous convaincre que tout va bien. Les portes (de l’Enfer ?) s’ouvrent, vous laissez échapper un soupir, et vous avancez, vous entrez, vous y êtes !

Dès lors, rien ne va plus !!! Le jury vous dévisage d’un regard, vous prenez place, et on vous pose votre première question. Ils attendent votre réponse dans un silence macabre. Vous réfléchissez vite, heureusement pour vous, vous avez creusé la question, vous connaissez parfaitement le domaine, vous faites un petit sourire mais…. Oui toujours ce même « mais » qui arrive. De vos jambes s’élance un frisson qui envahit votre corps, vous tremblez, votre sang devient de longues coulées de feu, votre cœur bat une chamade irrégulière, vous êtes au bord du malaise ! Malgré les remèdes secrets de vos parents, l’encouragement de vos amis et les conseils bienveillants de vos professeurs, vous tremblez et votre visage devient plus blanc que votre superbe chemise repassée par vos soins. Mais alors que se passe-t-il ? Vous êtes en proie à vos propres sentiments, et surtout à vos propres exigences !

Vous formulez une première phrase, le jury écoute, prend note, et vous observez leur réaction. Mais alors comment interpréter ces gestes, ces yeux perçants, ces mains ? Vous enchainez questions, exercices, vous passez maladroitement du français aux langues étrangères, vous vous emmêlez les pinceaux, vous êtes confus… Vous voulez bien faire, vous savez que vous vous êtes donnés du mal pour arriver jusqu’ici, mais vos jambes tremblent, vos yeux s’écarquillent, et vos mains se déchaînent sans raison…Bref, votre corps parle à votre place !

Cette brève description n’a pas pour but de vous mettre mal à l’aise. Je voulais attirer votre attention sur un point précis et décisif pendant vos entretiens : le langage corporel.

Selon Albert MEHRABIAN, professeur de psychologie à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), 55% de notre communication provient du langage corporel, 38% du ton de votre voix, et 7 % uniquement des mots que vous prononcez.

Ainsi, votre corps semble manifester des sentiments intérieurs pouvant parfois même s’opposer à vos propos. Au croisement entre la sociologie et la psychologie, l’analyse du langage corporel d’un individu pendant une situation aussi stressante peut révéler de nombreuses informations sur vous. Mais pour que votre corps ne trahisse pas votre esprit, il va falloir travailler !

Tout d’abord, soignez votre posture ! Le jury vous demandera de vous asseoir, et en fonction de votre position, il pourra essayer de deviner votre état d’esprit. Il est vivement conseillé de se tenir le dos bien droit, la tête relevée, faites un sourire naturel.

Susan Whitbourne, professeur à l’Université du Massachusetts, déclare : « Vos jambes forment la zone la plus grande de votre corps. Donc, lorsqu’elles bougent, c’est assez difficile de ne pas s’en apercevoir ». Elle ajoute qu’une jambe qui tremble indique l’angoisse, l’impatience ou les deux. Avez-vous déjà eu la chance d’aller voir un violoniste soliste ? Avez-vous déjà porté attention à ce qu’il fait avant de commencer à jouer ? Il positionne ses pieds ! Il fait un léger écart, met un pied plus en avant, fait balancer le poids de son corps d’une jambe à l’autre, prend ses appuis, bouge un peu les épaules, et ensuite commence à jouer. Il se met dans une position confortable, dans laquelle il se sent à l’aise pour réaliser sa performance. Faites de même ! Ouvrez-les légèrement, plantez vos pieds bien au sol et vous serrez dans une position qui laisse l’assurance se révéler.

Amy CUDDY, professeur de psychologie à l’Université de Harvard, pense que la tenue corporelle d’un individu permet de deviner ce qu’il ressent. Elle soutient l’idée (controversée dans le monde scientifique), qu’une pose exubérante augmente la testostérone et la confiance. Si les gens, par exemple, reculent de leur siège et se détendent, ils se sentent puissants, maîtres de la situation. Au contraire, les jambes fermées et repliées sont signes d’inconfort et de manque d’assurance.

Ensuite, respirez ! La respiration est à la base d’une élocution claire et fluide. Selon Ronald E. RIGGIO, psychologue du travail à Claremont McKENNAN COLLEGE, « Etre observé par un étranger qui apparaît grand ou intimidant peut être considéré comme une menace et susciter une réaction de peur…  » Respirer correctement vous permettra donc de mieux gérer vos émotions. N’hésitez pas à travailler la tonalité de votre voix pour qu’elle soit agréable à écouter. De plus, optez pour un langage simple, précis mais faisant appel à des connaissances plus techniques quand il le faut.

Enfin, maîtriser l’expression de votre visage, car celui-ci est le miroir direct de votre intérieur. Le professeur Krauss de l’université du Massachussetts, pense que l’inquiétude, la surprise, ou la peur, peuvent provoquer un haussement de sourcils en signe de gêne. Paul EKMAN, très reconnu pour son étude des émotions dans leurs relations aux expressions faciales, pense que le sourire naturel est le meilleur, car un sourire ‘forcé’ affiche la nervosité et le stress (ne pas sourire peut être très mal interprété également !).

Vous aurez compris, votre corps s’exprime, surtout dans ces situations où, soucieux de bien faire, vous vous laissez tellement emporter par vos exigences que vous perdez le contrôle. Un jury d’admission ne veut pas vous faire de mal, il veut voir ce que vous savez, votre réflexion… Dites-vous, que l’entretien est une chance pour les convaincre définitivement, que vous êtes la personne qu’il leur faut et que cette école est faite pour vous.

N’oubliez pas qu’un entretien d’admission est avant tout un échange à travers lequel le jury veut voir la personne que vous êtes, celle qui n’a pas encore été évaluée par son dossier, alors un seul mot d’ordre : restez authentique !

Bibliographie :

  • CUDDY Amy, O poder da presença, 2016, Sextante.
  • DENIS, Paul. « Corps et langage », Le Carnet PSY, vol. 112, no. 8, 2006, pp. 44-47.
  • EKMAN, Paul. « Facial Expressions of Emotion: New Findings, New Questions. » Psychologico Science 3, no. 1 (1992): 34-38.
  • EKMAN Paul and Richard J. Davidson. « Voluntary Smiling Changes Regional Brain Activity. » Psychological Science 4, no. 5 (1993): 342-45.

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